"Et...basta !" Léo Ferré

Publié le 24 avril 2026 à 19:42

Pour ce premier blog, il fallait choisir un monument.

"Et... Basta !", sorti en 1973, n'est pas seulement un disque : c'est un séisme artistique et personnel dans la carrière de Léo Ferré.

Voici l'histoire de cette œuvre radicale, née d'une rupture et d'une soif de liberté absolue.


L'Artiste : Qui est Léo Ferré ?

Léo Ferré est à la fois le chanteur, le compositeur et le poète de ce disque (et de la quasi-totalité de son œuvre).

C'est une figure de proue de la "Sainte Trinité" de la chanson française aux côtés de Brassens et Brel. Mais là où les autres restent dans un format "chanson", Ferré est un hybride : un pianiste classique de formation, un chef d'orchestre, un anarchiste convaincu et un provocateur de génie. Son œuvre est immense, allant de la mise en musique des "Poètes maudits" (Baudelaire, Verlaine, Rimbaud) à des hymnes comme Avec le temps ou C'est extra.


L'Histoire de "Et... Basta !"

1. Le contexte : Le divorce avec Barclay

En 1973, Ferré arrive au bout de son contrat avec sa maison de disques, Barclay. Les tensions sont à leur comble. Eddie Barclay veut des tubes ; Ferré veut de l'art pur et de la politique. "Et... Basta !" est son dernier album studio pour ce label (avant un bref retour des années plus tard). Le titre lui-même est une exclamation de fin : "Et voilà, c'est fini, on arrête là."

2. L'Inspiration : Un "bilan" à 57 ans

Ce n'est pas un album de chansons classiques. C'est une longue fresque parlée (un monologue) sur fond de musique symphonique et de synthétiseurs, très modernes pour l'époque. Ferré y fait le tri :

  • Il règle ses comptes avec le show-business.

  • Il évoque son enfance au collège Saint-Charles de Monaco, ses souvenirs douloureux avec les prêtres.

  • Il crie son amour pour sa nouvelle compagne, Marie-Christine, et sa nouvelle vie en Toscane.


Anecdotes et secrets du disque

  • Le corbeau de la pochette : L'oiseau au regard perçant sur la photo n'est pas là par hasard. Ferré avait une passion pour les animaux ,on connaît son histoire tragique avec son chimpanzé Pépée. Le corbeau symbolise ici la solitude de l'anarchiste, celui qui regarde le monde d'en haut avec une lucidité un peu sombre.

  • L'improvisation : On raconte que Ferré a enregistré le texte de manière très spontanée, presque comme une transe. La musique, dirigée par lui-même, suit les inflexions de sa voix comme si l'orchestre respirait avec ses mots.

  • La structure : Le disque est une seule et unique pièce découpée en deux faces. Il n'y a pas de "refrain". C'est ce qu'on appelle du "Spoken Word" avant l'heure. C’est une forme de fleuve de conscience.

  • La rupture avec le public : Certains fans de la première heure ont été déroutés par ce disque sans mélodie facile. Pourtant, c’est aujourd’hui considéré comme l’un de ses sommets de sincérité. Il y dit notamment cette phrase célèbre : "Le désespoir est une forme supérieure de la critique."


Son œuvre en bref

Si tu veux explorer davantage l'univers de ce géant, voici les piliers de son œuvre :

  1. La poésie : Ses adaptations de "Les Fleurs du Mal" de Baudelaire.

  2. L'engagement : Des titres comme "Les Anarchistes" ou "Ni Dieu ni maître".

  3. L'émotion pure : "Avec le temps", chanson devenue un standard mondial sur l'oubli.

"Et... Basta !" est le disque de la transition : Ferré quitte Paris, quitte sa vie passée et s'installe en Italie pour devenir le patriarche de San Casciano. C'est le cri d'un homme qui décide de ne plus plaire qu'à lui-même.