Love on the Beat : Le Sexe et le Son de New York
Sorti en 1984, Love on the Beat marque un tournant radical dans la carrière de Serge Gainsbourg. Délaissant le reggae de ses albums précédents, "L'Homme à tête de chou" s'immerge dans le son froid, synthétique et funk des studios new-yorkais. Voici l'histoire d'un album provocateur qui a redéfini la pop française des années 80.
Auteurs et Compositeurs
Sans surprise, l'intégralité des paroles est signée Serge Gainsbourg. Côté musique, Gainsbourg collabore étroitement avec le compositeur et arrangeur Philippe Lerichomme, son complice de longue date, pour façonner cette esthétique sonore inédite. La musique est créditée à Gainsbourg lui-même, mais l'influence des musiciens de studio américains est palpable dans chaque structure rythmique.
Date de sortie et Label
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Date de sortie : Octobre 1984
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Label : Philips / Phonogram
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Format original : Vinyle LP, Cassette
Les Musiciens et l'Équipe de l'Ombre
Pour obtenir le son "américain" qu'il recherche, Gainsbourg s'entoure de la crème des musiciens de session de New York, principalement issus de la scène funk et rock :
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Billy Rush : Guitariste et arrangeur (ancien membre de Southside Johnny & The Asbury Jukes). Il joue un rôle crucial dans la direction rock/funk de l'album.
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Larry Fast : Aux synthétiseurs. Pionnier de la musique électronique, il a travaillé avec Peter Gabriel sur ses premiers albums solos.
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The Sims Brothers : George et Steve Sims assurent les chœurs masculins, apportant cette touche soul typique des productions de l'époque.
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Bambou : La compagne de Gainsbourg de l'époque participe également aux chœurs et inspire une grande partie de l'imagerie de l'album.
Naissance et Légende : L'Inspiration New-Yorkaise
L'album est né du désir de Gainsbourg de se confronter à la modernité. Il s'installe aux studios House of Music dans le New Jersey. La légende raconte que Gainsbourg voulait un son "qui claque", inspiré par les clubs de New York et la musique de Prince ou de Nile Rodgers. L'album est profondément inspiré par sa relation avec Bambou, mais aussi par une exploration sans tabou des sexualités marginales et de la provocation pure.
Anecdotes et Secrets de Création
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La Pochette : La photo mythique est signée William Klein. Gainsbourg y apparaît travesti, maquillé, cheveux plaqués, incarnant une ambiguïté sexuelle totale. C’est l’une des pochettes les plus célèbres de l’histoire du rock français.
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Le titre éponyme : Sur la chanson "Love on the Beat", on entend des gémissements féminins. La légende veut que ce soient ceux de Bambou, enregistrés pendant leurs ébats, bien que Gainsbourg ait parfois affirmé qu'il s'agissait de bruitages de studio retravaillés pour la provocation.
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Lemon Incest : Ce titre, duo avec sa fille Charlotte alors âgée de 13 ans, a provoqué un scandale national, Gainsbourg jouant sur l'ambiguïté du mot "inceste" malgré des paroles qui parlent de "l'amour que nous ne ferons jamais ensemble".
Le Succès de l'Album
Malgré (ou grâce à) la controverse, l'album est un immense succès commercial. Il est certifié disque de platine en France. Il permet à Gainsbourg de devenir une véritable icône médiatique, le transformant en "Gainsbarre", ce personnage provocateur et noctambule qui hantera les plateaux de télévision jusqu'à sa mort.
"Love on the Beat n'est pas seulement un album, c'est une performance artistique totale où le son devient aussi tranchant que les mots."
L'Œuvre de l'Interprète : Le Génie de la Provocation
Serge Gainsbourg est sans doute l'artiste le plus influent de la musique française du XXe siècle. Son œuvre se divise en plusieurs cycles :
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L'époque Jazzy/Rive Gauche (années 50) : Textes ciselés, humour noir et arrangements jazz.
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L'époque Pop/Yéyé (années 60) : Il écrit pour France Gall, Françoise Hardy et crée des chefs-d'œuvre comme Initials B.B..
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L'époque Conceptuelle (années 70) : Des albums comme Histoire de Melody Nelson redéfinissent l'album concept.
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L'époque Reggae et Funk (années 80) : Sa mue finale en Gainsbarre, avec Aux armes et cætera et enfin Love on the Beat.
Gainsbourg restera celui qui a su marier la langue de Baudelaire aux rythmes les plus modernes, faisant de la provocation un art majeur.
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